Vous n’avez pas aimé l’histoire d’Anouchka ? Vous allez encore moins aimer celle de Malika …

Ou l’histoire hélas vraie de Malika, remake version XXIème siècle de

« Vol au-dessus d’un nid de coucou »

Malika a été expulsée de son logement à Sainte-Foy-lès-Lyon en octobre 2015 après avoir frappé durant plus de 18 mois à toutes les portes notamment au CCAS de sa commune, en vain, pour trouver un logement social. Plutôt que d’être « jetée » à la rue, les autorités compétentes ont alors préféré tamponner une Hospitalisation d’Office pour que cette personne puisse passer a minima un bon mois au chaud à Saint-Jean-de-Dieu (Lyon). Aujourd’hui, sans domicile fixe, elle refrappe à toutes les portes en vain et comme seule réponse, la mairie de sa commune d’origine lui propose le 115 … ou sa voiture ! Terrifiant exemple pratique du défi de solidarité de notre belle Métropole s’engageant à garantir un logement pour tous !

PLH-U

Malika vit à Sainte-Foy-lès-Lyon depuis 1998. En 2012, victime des aléas de la vie, la machine se met très vite en marche. Un caillou dans le rouage, un évènement de la vie inattendu et faute de soutien familial, faute d’économies suffisantes, la descente aux enfers commence. Les jours passent, les ennuis s’accumulent, et malgré tous les appels au secours, les portes se ferment les unes après les autres.

Recevant une notification de fin de bail en mars 2014, elle se lance dans toutes les démarches nécessaires pour sortir de cette impasse. Dossier de surendettement, ouverture d’un dossier à la MDPH, demande de logement social auprès du CCAS de Ste-Foy, ouverture d’un dossier au DALO.

Or, entre mars 2014 et octobre 2015, 19 mois vont s’écouler sans que personne ne se soucie des appels au secours de Malika. Elle frappe à toutes les portes, les associations, la Mairie, les élus tous bords confondus, la ville de Lyon, la préfecture et même l’Elysée. Je fus la seule élue à répondre à son appel au secours au printemps 2015. Depuis, je tente de l’assister dans la limite de mes moyens. En remerciant à cette occasion Sébastien pour son aide précieuse. Mme Sarselli, maire de Sainte-Foy, la rencontre en avril 2014. Puis plus rien. Mme Giordano, adjointe aux affaires sociales la rencontre un an plus tard au printemps 2015 puis plus rien. Le Dalo lui propose deux logements, l’un insalubre en avril 2015 à La Mulatière et l’autre inadapté à Vaise en juin 2015. Un accompagnement social et psychologique aurait sans doute permis à Malika d’accepter l’un de ces deux logements et d’éviter son triste destin à venir mais personne ne daigne l’aider et la conseiller. Où étaient les assistantes sociales à ce moment-là ? Au CCAS de Ste-Foy-lès-Lyon, elles ne décrochent même plus à l’annonce de son nom !

Et puis, la période de la trêve hivernale arrive alors que le propriétaire attend la libération de son bien depuis plus de deux ans. Mais, on ne peut décemment pas laisser cette personne à la rue alors que, dans le même temps, on accueille les « migrants » par milliers.  Alors, au petit matin, l’expulsion commence sans qu’elle en ait été avertie. Elle se rebiffe. Qui ne le ferait naturellement pas dans la mesure où elle n’a pas été accompagnée psychologiquement à cette issue. Elle veut téléphoner. On lui confisque son téléphone avec violence. L’expulsion se passe par hypothèse mal. Un médecin de SOS médecin, le commandant de police d’Oullins et l’adjointe aux affaires sociales arrivent et tamponnent chacun en toute connaissance de cause le document permettant une hospitalisation d’office. Attachée dans l’ambulance puis sur un lit, elle séjournera plusieurs heures dans les couloirs des HCL Lyon Sud avant d’être transférée à St-Jean-de-Dieu (Lyon).

Le 26 octobre 2015, trois jours plus tard, on la transfère de services. N’ayant aucun endroit où aller, on lui conseille de rester au chaud. En fait, personne ne lui dit qu’en changeant de service, elle passe sous le statut juridique d’une hospitalisation HDT péril imminent. Dans ce cadre, un seul certificat médical est exigé, conformément à l’article L.3212-3 du code de la santé publique. Il spécifie les troubles mentaux nécessitant l’hospitalisation et constate dès lors que « ses troubles rendent impossible son consentement et que son état impose des soins immédiats assortis d’une surveillance constante en milieu hospitalier ». Malika se retrouve dépourvue de toute capacité juridique, est enfermée chaque soir dans une chambre double, ne peut passer qu’un coup de téléphone par jour et doit ingurgiter Risperdal 2mg et Venlafaxine 75mg car elle doit être obéissante sinon le personnel ne sera pas gentil avec elle (dixit). Elle refuse de prendre les médicaments, demande par écrit comme la loi l’y autorise, son dossier médical. Elle ne l’obtiendra jamais. Elle ne pourra consulter donc ni le certificat médical d’origine ni aucun des suivants qui doivent encadrer la légalité de cette hospitalisation. On la menace. « Prenez vos médicaments si vous voulez qu’on vous laisse sortir ». Elle ne peut obtenir aucune sortie, notamment le 18 novembre, jour du déménagement et transfert de ses biens mobiliers et affaires personnelles dans un garde-meuble. Bizarrement, sans aucun contrôle, des biens lui appartenant disparaîtront ce jour-là !

Le jeudi 19 novembre, Malika obtient de passer devant le JLD, juge des libertés et de la détention. Assistée d’une avocate commise d’office qui ne connaît rien du dossier, Malika montre par sa défense combien elle est saine d’esprit en dehors de toute prise de médicaments ou plutôt grâce à la non-prise de médicaments. Au lieu de décider d’une mainlevée immédiate, pour ne pas contredire les expertises médicales, le JLD préfère demander une contre-expertise.

Deux semaines plus tard, contre-expertise à l’appui et cette fois-ci encadrée d’une avocate spécialisée dans les cas d’hospitalisation pour péril imminent, Malika repasse devant le JLD et se voit libérer le lendemain, vendredi 4 décembre 2015, après six semaines d’internement, avec toutefois une obligation de suivi de soins et la prise des médicaments susvisés. Un ami accepte de l’héberger provisoirement en attendant de trouver une solution.

Plus de quatre mois se sont écoulés et personne de la municipalité de Ste-Foy-lès-Lyon n’a daigné prendre de ses nouvelles, ni Mme le Maire pourtant personnellement avertie de son « incarcération », ni Mme l’adjointe, ni les assistantes sociales. Le 3 mars 2015, sur mon conseil, elle sollicite du CCAS de Ste-Foy-lès-Lyon une domiciliation sur la commune. Et dans sa grandeur d’âme, le CCAS lui octroie 30 € de bons d’achat alimentaire. Devant l’urgence de libérer le domicile de son ami qui ne souhaite pas l’héberger plus longtemps, la seule réponse de l’assistante sociale fut « il va falloir qu’il s’y fasse ». Six semaines plus tard, Malika, sans domicile fixe et dépensant la totalité de son RSA pour payer son garde-meuble qui lui a été imposé lors de son hospitalisation (536€ / mois depuis mi-novembre 2015) a obtenu un rendez-vous ce jour, lundi 18 avril 2016, avec Mme l’adjointe aux affaires sociales et l’assistante sociale en charge du dossier (rendez-vous auquel je n’ai pas eu le droit d’assister). Devant l’urgence de la situation et la responsabilité de la mairie sur un dossier qui traîne depuis mars 2014, seules solutions proposées par ces dames : le 115 ou la voiture.

Le clou de cette affaire : le 10 février dernier, Malika a reçu un courrier de St-Jean-de-Dieu, un certificat médical attestant de la « Levée d‘une mesure de soins psychiatriques en cas de péril imminent ». Ce certificat note que, du fait de l’évolution ou de la disparition des troubles, les conditions ayant motivées cette mesure ne sont plus réunies et lève donc la mesure de soins sans consentement. Et hop, la démence disparaît comme elle est apparue par un simple coup de baguette magique puisque le jour de l’expulsion, le médecin de garde ne l’a pas auscultée et qu’elle n’a vu par ailleurs aucun médecin depuis le 4 décembre dernier. Et qu’elle n’a jamais pris aucun médicament. Et Mme le Maire viendra me dire (dixit notre rendez-vous de novembre dernier) qu’elle fait toute confiance à ses adjoints et aux services compétents. On est bien peu de chose !!!

Lettre à Mesdames et Messieurs les Maires des communes de l’ouest lyonnais pour l’accueil d’Anouchka et de sa famille

Mesdames,Messieurs les Maires,

Le 9 octobre 2015, je me suis permise de vous adresser un courrier pour vous avertir de la détresse dans laquelle se trouvait une famille « domiciliée » dans l’est lyonnais, à Pusignan précisément.  Dans le cadre de l’accueil que vous réserviez de façon très généreuse à l’ensemble des migrants arrivant sur le territoire, je vous invitais alors à réserver une attention toute particulière à nos propres concitoyens dans une urgence absolue.

Anouchka et ses trois filles ont depuis cette date continuer de « squatter »  leur 15m2 dans des conditions indignes et ne respectant en rien les normes de sécurité en vigueur dans notre pays. Cela ne semble pas vous avoir interpellés plus que cela dans votre rôle d’élu puisque vous n’avez pas pris le temps de me répondre ni même de prendre directement contact avec cette famille. Je me permets toutefois, par la présente, de vous donner de leurs nouvelles.

Après douze mois de squat dans un logement qui se devait n’être qu’une solution d’urgence mais qui fut la seule solution au final pour éviter à cette mère et ses trois filles de connaître la rue, faute d’intérêt de quiconque à cette situation concrète, Anouchka et sa famille ont pu emménager ce vendredi 1er avril 2016 dans un appartement DALLO en plein coeur de Lyon.

La veille, je siégeais au conseil municipal de Ste-Foy-lès-Lyon et nous abordions, entre autres, le débat sur les orientations du Projet d’Aménagement et de Développement Durable du PLU-H dans le cadre de la métropolisation. Des orientations organisées autour de quatre grands défis dont celui de la solidarité consistant à garantir l’accès au logement à toutes les étapes de la vie. Le poids des belles phrases, le choc des diaporamas ! Je me suis permise de douter de la réalisation pratique de ces beaux engagements pris sur papier glacé par des technocrates débordés dans des bureaux bien chauffés. Madame Le Maire, à son accoutumée, m’a exhortée de ne pas monter les personnes les unes contre les autres et d’être confiante dans l’avenir !

Sauf qu’hier, vendredi 1er avril, pour aider Anouchka et ses filles à déménager, pas de comité d’accueil par de quelconques associations ou par les CCAS concernés. Pas d’assistante sociale pour s’assurer que les deux enfants auront des conditions de vie décentes pour vivre et étudier. Pas de livraison gratuite de literie ou rangements Ikéa, de réfrigérateur ou gazinière Darty. Le poids des silences, le choc des photos. Vous voyez, Mesdames et Messieurs les élus, après une année de silence, d’ignorance et de mépris, le défi de solidarité ne tient pas dans une brochure de papier glacé avec des mots savamment choisis ; le défi de solidarité tient dans un petit SMS tout simple, sans prétention  « Cc Muriel le bonheur retrouvé avec ttes mes filles, encore merci à toi et ton équipe bisous ». Je vous souhaite de connaître CE défi de solidarité.

Je vous prie d’agréer, Mesdames et Messieurs les Maires, l’expression de mes respectueuses salutations.

Muriel COATIVY,

Secrétaire départementale adjointe de la fédération Front national du Rhône

Conseillère municipale Sainte-Foy-lès-Lyon – Conseillère régionale Auvergne Rhône-Alpes

 

Lettre adressée aux maires des communes d’Oullins, de Pierre-Bénite, d’Irigny, de Saint-Genis-Laval, de La Mulatière, de Sainte-Foy-lès-Lyon, de Francheville, de Tassin-la-Demi-Lune, de Craponne, de Brignais, de Chaponost, de Vaugneray, d’Ecully et de Limonest.

AnouchkaMerci à Georges, Robert et Christian sans oublier toute l’équipe de TV Libertés.